Féminines – Cédric Voutier (équipe de France militaire) : »Le football féminin est passionnant »

Confirmé sélectionneur de l’équipe de France féminine militaire, Cédric Voutier a désormais un nouvel objectif avec ses filles qui pourraient l’emmener découvrir un nouveau pays en octobre prochain. (par Puk) Bonjour Cédric, on t’a quitté début Juillet après ton voyage aux USA pour la coupe du Monde féminine militaire. Peux-tu nous dire ce qu’il s’est passé te concernant depuis ? Depuis la Coupe du Monde 2018 de cet été aux USA, j’ai bien sûr pris quelques vacances pour effacer ma déception de la 4ème place et me ressourcer en famille car une coupe de Monde est très usante physiquement et nerveusement, surtout une fois rentré puisque le corps décompresse. Sur le moment la tension, l’objectif de faire performer l’équipe masque cette fatigue qui nous rattrape dès le retour à la maison. Mais l’expérience vécue en 2016 lors des Jeux Olympiques m’a beaucoup aidé dans la gestion de l’après compétition. J’ai ensuite repris mes missions départementales au District pour, début Octobre, apprendre la bonne nouvelle comme quoi j’étais reconduit sélectionneur de l’équipe de France féminines militaire. Je tiens par la même occasion à remercier Monsieur Piccirillo, Commissaire aux sports militaires et Monsieur Fournier DTN de la FFF pour cette grande marque de confiance ainsi que Monsieur Latapie et le comité directeur du District.
Cédric Voutier utilise ses compétences en préparation athlétique lors de ses entraînements.
Te voilà donc sur un nouvel objectif. Tu as certainement appris de ta première expérience. Qu’as-tu changer ou vas-tu changer en vu de ses jeux mondiaux ? En effet, nous préparons un énorme et bel objectif avec les Jeux Mondiaux militaires qui auront lieu du 15 au 30 octobre 2019 en Chine à Wuhan. Cette compétition est l’équivalent des Jeux Olympiques. C’est la 3ème plus grande compétition au monde derrière la Coupe du Monde football garçons et les JO puisque plus de 1000 athlètes seront présents! La Chine comme a son habitude a vu les choses en grand avec plus d’un milliard d’investissement et une compétition qui contrairement à la Coupe du Monde jouée cet été n’aura pas lieu dans des installations militaires. L’avantage de suivre cette sélection est que je vais pouvoir tenir compte de mon bilan de la coupe du Monde donc des axes d’amélioration que j’avais noté. Tout d’abord nous allons faire plusieurs rassemblements avec des rencontres amicales afin de mettre en place notre projet de jeu et de vie, ce qui n’avait pas été le cas pour la coupe du Monde où nous avions été dans l’urgence. La deuxième chose est d’amener encore de la plus value aux joueuses avec un préparateur mental qui sera totalement intégré dans le projet de jeu tactique de l’équipe comme cela a été le cas avec les handballeuses au Championnat d’Europe. En effet, la notion de projet de vie, de cohésion de groupe, de co-responsabilité est essentielle à la performance et est beaucoup plus dure à mettre en place en sélection qu’en club du fait du peu de temps passé en ensemble, des horizons différents des joueuses (objectifs personnels, fonctionnement en club…), Il me paraissait important de s’améliorer dans cet axe là de la performance ! Le troisième objectif est le choix des joueuses. En effet, lors de la dernière coupe du Monde je n’avais pu choisir les joueuses car la liste était déjà constituée à ma prise de fonction. Sur le premier stage du mois de Janvier, 50% de nouvelles joueuses étaient présentes.

Une préparatrice mentale a été intégré au staff.
Tu parles de préparation mentale. Est-ce quelque chose que l’on peut transposer dans le monde amateur, notamment dans notre département ? La préparation mentale est présente partout, dans le sport mais aussi dans toutes nos actions quotidiennes. Que ce soit par un travail sur la lucidité, l’acceptation, le lâcher prise, ou par l’utilisation d’outils comme la visualisation, la fixation d’objectifs, la gestion des émotions, la confiance en soi, la motivation…Mais beaucoup ne le savent pas. Le problème en France c’est que c’est tabou ! Certains peinent à évoquer le mot préparation mentale car ils ont peur d’être assimilé comme malade, faible mentalement… Heureusement que de plus en plus de sportifs commencent à témoigner et à avouer qu’ils utilisent depuis des années un préparateur mental. Dans les autres pays, il est totalement intégré au staff comme un préparateur athlétique ou l’entraîneur des gardiens de but. Je me forme en continu dans ce domaine là depuis 2007 et mon Master de Préparateur Mental, et cela m’aide énormément au quotidien. Comme tout domaine de la performance, il faut ensuite savoir s’adapter à son niveau de pratique et à son environnement. Il est sûr qu’au niveau départemental il y a peu de chance d’avoir un préparateur mental dans le staff mais l’entraîneur ne fait-il pas de la préparation mentale ? Il peut et doit bien sûr travailler ce domaine là de manière intégrée au niveau départemental. Que ce soit à travers les règles et consignes de ses procédés d’entraînement (pour impacter sur la prise de risque, sur la prise d’initiatives sur la confiance en soi, sur la communication, sur la gestion des émotions, sur l’engagement …), ou à travers ses entretiens individuels, ou à travers le projet de vie co-construit avec ses joueurs, ou à travers ses discours collectifs…Tout le monde en fait, plus ou moins bien, et sans le savoir forcément. Quels sont les objectifs à court et moyen terme pour ta sélection et ton staff ? Notre principal objectif à court terme est de se qualifier pour les Jeux Mondiaux. En effet, nous avons les qualifications en Belgique du 17 au 24 mars 2019. Seules deux équipes seront qualifiées entre la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Grèce et la France. Nous commencerons par jouer deux fois la Grèce pour ensuite jouer l’une des 3 autres équipes sur un match décisif à la qualification. Trois rencontres de 90’ en cinq jours avec un effectif de 16+2, du jamais vu! Pour mettre un maximum de chances de notre côté, nous avons deux rassemblements de prévus en amont avec deux rencontres amicales. Un premier stage s’est déroulé du 14 au 17 janvier 2019 à Fontainebleau avec une victoire contre Orléans (D2) 6à1. Un deuxième stage aura lieu du 25 février au 1er mars avec un nouveau match amical contre une D1. Nous avons l’objectif de fin d’année des Jeux Mondiaux certes, mais il ne faut pas se tromper, cela passe par une qualification à ces jeux et donc par la mise en commun de toute notre énergie vers cet objectif à court terme. Nous devons à la fois performer mais aussi construire une équipe puisque plus de 50% de l’effectif a changé. Nous aurons ensuite un nouveau rassemblement à la fin du mois de Mai, puis un début de saison prochaine préparatoire aux Jeux Mondiaux.
Une belle victoire en amical face à Orléans (6-1)
Y a-t-il des connexions et des différences entre le football féminin militaire et le football féminin fédéral ?  Il y a plus que des connexions puisqu’il y a une convention qui a été signée entre le Ministère des Armées et la FFF. Je suis d’ailleurs détaché et financé par la FFF dans le cadre de cette convention. Nous travaillons en parfaite harmonie avec Jeff Niemezcki (Sélectionneur de l‘équipe B FFF) sur la sélection des joueuses ainsi qu’avec Corinne Diacre (Sélectionneur des A) qui valide à chaque rassemblement notre liste de joueuses. L’idée est que le maximum de joueuses du championnat D1 et D2 soient vues afin d’alimenter le vivier de joueuses et que cela puisse éventuellement servir l’équipe de France A ou B comme cela a été le cas pour Le Garrec, Peyraud-Magnin, Lorgeré entre autres qui sont parties en B ou en A. La sélection militaire n’est pas une sélection de substitution mais elle n’est pas pour autant l’anti chambre des A, ça c’est le rôle de l’équipe B et des U20. La sélection Militaire fonctionne comme une sélection fédérale. J’ai repris une partie du fonctionnement que j’avais pu vivre avec les A aux JO de Rio. Vivant ensemble à la journée sur le même site de Fontainebleau nous alternons des temps de séances avec des pré-échauffements en salle, des séances tactiques vidéos et terrain, des temps d’optimisation de la performance où l’on pratique par exemple des ateliers de préparation mentale ou des entretiens d’explicitations, des temps de repos et de soins … Il y a un encadrement de qualité constitué de militaires diplômés par la FFF (Martial Cenzato BEF, Mamadou Bah CEGB). Toutes les joueuses qui intègrent la sélection militaire signent un contrat de réserviste. Elles évoluent actuellement en D1 (Bordeaux, Fleury, Lille, Rodez, Soyaux, Guingamp…) ou D2 (Saint Etienne, Reims, Issy, Saint Denis, OM, Albi, Montauban).
Les joueuses et le staff aux ordres…
La France organise la coupe du Monde féminine cet été, les matchs de D1 sont désormais tous télévisés. De l’intérieur, comment ressens-tu la montée du football féminin dans notre pays ? Le football féminin est en pleine expansion nationalement et c’est très bien comme cela. Notre département n’y échappe d’ailleurs pas puisque c’est la première année que nous arrivons à proposer des plateaux 100% féminins. Au niveau national, on peut voir tous les samedis et dimanches du football féminin sur Canal+ ce qui montre encore le cap passé cette saison. Et bien sur la Coupe du Monde 2019 qui aura lieu chez nous du 7 Juin au 7 Juillet avec nous l’espérons tous le premier titre de championne du Monde. Ce serait une juste récompense pour ce groupe mêlant joueuses expérimentées et jeunes joueuses aux qualités techniques et explosives. Le football pratiqué est agréable à voir car très technique et tactique. C’est d’ailleurs ce qu’il ressort des discussions avec beaucoup de personnes que je croise. Elles me disent suivre de plus en plus le football féminin car le jeu est séduisant avec énormément d’intentions de jeu, une volonté de relancer court et de garder le jeu en continu (ne pas simuler des fautes). La motivitation intrinsèque à l’état pur, uniquement le plaisir de jouer ! Pour le vivre de l’intérieur, le football féminin est passionnant. Comme d’habitude, à toi le dernier mot Une pensée tout d’abord pour Monsieur Lionel Laudebat. Ce fut un éducateur très investi dans le football des jeunes et qui a apporté à des dizaines de joueurs son amour du ballon rond et ses valeurs. Il fait parti à tout jamais de l’histoire du Football Haut-Pyrénéen. J’ai commencé ma carrière d’entraîneur face à lui il y a plus de 15 ans en U17 Ligue, lui à la Gespe, moi au Séméac Olympique. C’est triste de le voir partir si tôt. Une pensée aussi pour toute sa famille. Bonne fin de saison à tous dans vos objectifs personnels et collectifs. Venez nombreux supporter l’équipe de France Féminines A du 7 juin au 7 juillet 2019 pour ce bel évènement qu’est la Coupe du Monde. On compte sur vous pour continuez à permettre à toutes les filles souhaitant jouer au football de pouvoir le faire. Au 24 mars 2019 pour je l’espère fort vous annoncer notre qualification pour les Jeux Mondiaux Militaires. Propos recueillis par Puk