Parti cet été au Montpellier Hérault, l’ancien CTD des Hautes-Pyrénées Cédric Voutier a terminé sa première saison avec le club Pailladin en Ligue 2. Une expérience enrichissante que nous fait vivre de l’intérieur le technicien Bigourdan. (par Puk)
Bonjour Cédric, comment s’est déroulée cette saison avec le MHSC ?
Cette saison a été riche sur le plan personnel et plutôt bonne sur le plan sportif. Le Président et le coach Zoumana Camara m’ont placé dans les meilleures conditions dès mon arrivée. La période de préparation a été longue et difficile car tout en préparant les joueurs, il a fallu gérer la dure période du mercato Juillet-Août où nous avons dû jouer quatre rencontres de championnat tout en perdant régulièrement des joueurs, le club devant baisser la masse salariale. J’ai pu découvrir cette étrange période où certains joueurs sont plus impliqués au téléphone avec leur agent que dans le projet collectif… Heureusement, l’expérience du coach a permis de bien négocier ces quelques semaines. Nous sommes ensuite monté en puissance au fur et à mesure de la saison pour finir sur une belle phase retour et 8 matches consécutifs sans défaite (dont victoire contre Le Mans 4-2, Nul Troyes 2-2, tous 2 accédant en L1). Je n’ai pas vu passer cette phase retour qui a été intense émotionnellement puisque nous avons joué la qualification aux barrages jusqu’à deux journées de la fin. Mais force est de croire qu’il nous manquait certaines choses pour y accéder.
D’un point de vu pro, c’est une richesse pour moi d’avoir pu évoluer aux côtés du coach Z. Camara et d’avoir vu œuvrer quotidiennement des experts de domaines précis où j’avais peu ou pas d’expérience comme le secteur vidéo (avec J.Llorente / G.Pioch), l’entraîneur des gardiens (M.Novaes), le sport scientist (B.Gachon) …
Quel était ton rôle au sein du staff et du club ? As tu pu mettre en place les idées et concepts que tu avais dans la tête depuis toutes ses années de football ?
En début de saison, mon rôle a surtout été de structurer puis de faciliter le fonctionnement du secteur performance (réaménagement du site d’entraînement en lien avec le coach et le DG du club M.Massines) ainsi que la circulation d’informations au sein du club (rapports performance quotidiens, lien avec le directeur de centre de formation et le coach N3 sur les jeunes joueurs intégrant l’entraînement pro, achats de matériel performance…).
Le club et le coach souhaitaient un interlocuteur central pour ces domaines afin de fluidifier l’information dans le club. J’ai eu en charge le secteur nutritionnel (repas au club du déjeuner et petit déjeuner, repas jour de match, aidé par Y.Métais kiné au club). Le coach et le club m’ont aussi fait venir pour la préparation mentale, pouvant être individuelle ou collective. C’est le domaine où je me suis le plus épanoui, le coach me sollicitant souvent pour la mise en place d’ateliers collectifs. Nous avons beaucoup travaillé avec les joueurs sur les valeurs et comportements associés, les règles de fonctionnement, le leadership, l’amélioration continue et le maintien de la motivation vers l’objectif commun…
J’étais aussi présent sur chaque séance d’entraînement sur le terrain à la disposition de l’entraîneur adjoint. Pour finir j’étais présent sur chaque rencontre (feuille de route, co-animation des ateliers d’attente avec M.Simao pour les activations cognitives ou musculaires) et sur le banc.
Peux tu nous expliquer ta semaine type ?
Le lendemain du match à J+1 nous avions séance de récupération pour les joueurs ayant joué et une séance terrain de compensation pour les autres. Repos total à J+2 sauf pour les joueurs blessés et les joueurs pro ayant éventuellement joué avec la réserve. A J+3 on était sur une séance plutôt orientée neuro-musculaire, force avec des duels 2c2, 3c3 et jeux réduits 4c4 ou 5c5… Il se pouvait qu’il y ait ce jour là une 2ème séance avec préparation mentale / préparation physique en salle. A J-3, on était plutôt sur de l’extensif, du jeu à 10c10. A J-2 et J-1, on était plutôt sur du travail tactique avec animation défensive, offensive, CPA, vitesse, réactivité, finition, vidéos groupe ou individuelle. Puis c’était la préparation du départ pour le match avec une mise au vert à l’hôtel et des déplacements pouvant parfois s’étaler sur trois jours.
Monde amateur, monde pro… le saut est-il si énorme que cela pour un membre de staff ?
Le saut est énorme et ce quel que soit le poste occupé dans un staff. Dans le monde pro, il y a des obligations de résultats avec le risque d’être limogé d’un match à l’autre. Les types de résultats à obtenir dépendent bien sûr du projet du club (gagner des trophées, accession ou alors faire prendre de la valeur à des joueurs pour de la revente…) mais dans tous les cas ils font vivre de nombreuses personnes et donc de familles au sein du club (administratif, technique, centre de formation…).
En foot pro à l’image de tout autre métier où la performance est attendue, il ne peut y avoir de place au relâchement ou à l’imprécision dans ce qui est proposé. Chaque membre du staff essaie d’être à la pointe dans son domaine d’expertise et le coach joue le chef d’orchestre afin de tout optimiser. Le rythme de travail est très soutenu avec des séances quotidiennes (200 réalisées hors spécifique et musculation) et 43 rencontres effectuées. La pression, présente vu les enjeux, est quant à elle vécue différemment selon les gens. Perso j’ai toujours plutôt été calme et hermétique à cela.
« c’est un championnat exigeant »
Comment juges-tu ce championnat de Ligue 2 ? Quelles sont les ambiances et stades qui t’ont marqué ?
Ce championnat est beaucoup plus exigeant que je ne le croyais et difficile de part sa configuration. Il est plus athlétique, mental et tactique que technique. Il faut être prêt physiquement à presser fort, aux transitions et ce dès le 1er match pour espérer accrocher le bon wagon. Les équipes qui courent le plus ont toutes fini en haut du classement comme Annecy, Rodez, Le Mans. Point plus compliqué qu’en ligue 1, les planifications entre deux matches. En effet, en L2 on peut jouer le vendredi à 20h ou le samedi à 14h ou 20h ou le lundi à 20h30 ce qui donne un grand nombre de combinaisons possibles. Il a fallu aiguiser nos compétences en terme de planification entre deux matches puisque cela variait constamment de 4 à 10 jours. D’un point de vu mental, c’est un championnat exigeant sur la longueur car tout le monde peut battre tout le monde et car les barrages pour la cinquième place maintiennent toujours une sorte d’espoir chez la majorité des équipes. La majorité des équipes sont maintenues sous pression avec quasiment aucun « ventre mou ». Pour finir d’un point de vue tactique beaucoup d’équipes proposent des systèmes bien rodés à la L2 comme le 3-5-2 de Le Mans et Rodez pour ne citer qu’eux..
Deux stades m’ont marqué pour leur ambiance : Geoffroy Guichard où nous avons joué devant 31000 spectateurs, puis l’ambiance mise par les Ultras à La Mosson comme contre Clermont pour leurs 34 ans d’existence. Visuellement j’ai beaucoup aimé les stades de Bastia, du Mans et de Rodez.
Bientôt les vacances ? Tu prépares déjà la prochaine saison ?
Je suis en vacances depuis Lundi effectivement avec la chance de pouvoir continuer 1 saison de plus au MHSC. Les vacances seront cependant plus courtes car une fois la saison finie on est très vite dans les bilans de la saison écoulée puis dans la préparation matérielle et organisationnelle de la prochaine (matches amicaux, besoins matériels, préparation des trois jours de tests de début de saison…). Vous avez aussi dû suivre l’actualité, il y un doute qui plane quant à l’avenir du MHSC puisque le Président a reçu la visite de potentiels acheteurs et qui se ponctuera peut être par une offre d’achat… Je profite en attendant dans mes chères Pyrénées où je vais pouvoir retrouver la famille et mes randonnées qui m’ont tant manquées…
Comme d’habitude, à toi le dernier mot :
Merci à Puk de faire vivre le foot dans le département car j’ai pu suivre les nouvelles du 65 tout au long de la saison aussi grâce toi.
A bientôt sur le bord des terrains car je risque de me promener sur quelques tournois de jeunes pour saluer les collègues, ou alors au sommet d’un de nos pics du 65 !